Jérôme Favier, Senior Portfolio Manager chez Vanora Capital LLP, nous répond.

Quel est l’intérêt pour votre activité d’être installée à Londres ?

Mon activité se focalise sur la gestion de capitaux pour le compte de tiers. Notre clientèle est institutionnelle et nous intervenons sur les marchés actions, devises et produits dérivés.

En gardant sa propre monnaie, le Royaume-Uni s’est affranchie des contraintes de la zone euro et reste seule maître de sa politique monétaire. Cette situation laisse à sa disposition certaines armes très efficaces en ces temps de crise de la dette telles que la dévaluation ou le rachat de dette par la banque centrale. Londres se révèle être une place bien plus réactive que ses homologues européennes et c’est précisément ce dont nous avons besoin aujourd’hui. Malgré des tentatives européennes notamment à Francfort et à Paris, Londres reste la principale place financière du vieux continent, en concurrence directe avec New-York et les places asiatiques.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que 60% des mouvements financiers en Euros sont réalisés à Londres. Ce positionnement unique en Europe attire de nombreux gestionnaires de fonds et c’est d’ailleurs à Londres qu’on y trouve la plus forte concentration au monde.

Enfin Londres reste attractive pour son marché du travail très ouvert et pour l’abondance des sociétés de service qu’on y trouve offrant une réponse aux besoins techniques, juridiques ou réglementaires.

Le fait d’être à Londres vous dispense-t-il des contraintes réglementaires européennes ?

Le Royaume-Uni est membre de l’Union Européenne, et il n’y a aucune dispense vis-à-vis des contraintes réglementaires.
Le pays est représenté au comité de Bâle et son autorité de régulation, la FSA, travaille en liens très étroits avec la Banque Centrale Européenne. La directive MiFID y est déjà en place et Londres a également signé les accords de Bâle 3.
Pour autant Londres reste réticente à toute décision qui pourrait nuire au rayonnement de sa place financière. Il n’est pas rare de voir Londres faire blocage à des décisions européennes pouvant contrarier le développement de son activité. On se souvient par exemple du refus de signer la taxe sur les transactions financières qui aurait pu porter préjudice à la compétitivité de Londres.

Vous êtes venus à Londres pour faire du business plus facilement et vous voilà rattrapé par l’Europe ? Comment vous en sortez-vous ?

Cette image ne correspond pas à une réalité : le Royaume-Uni fait partie intégrante de l’Europe et à ce titre ne représente pas une alternative à cette dernière. Mon sentiment est que les institutions financières sont attirées à Londres pour la flexibilité de son marché du travail et la facilité pour mettre en place des partenariats afin d’externaliser certaines activités telles que le back office ou les ressources humaines. Cette stratégie nous a permis de nous focaliser sur nos activités coeur de métier en nous appuyant sur les acteurs « best of breed ». Seules les activités « critiques » d’accès au marché (fournisseurs de données, OMS) et de stratégies d’intervention ont été développées en interne pour des raisons de confidentialité évidentes. L’appui d’un cabinet de conseil a été fondamental pour notre réussite. En effet, cette réorganisation a nécessité une expertise en organisation et en gestion de projet que nous ne possédions pas en interne.