Quels sont les objectifs de la régulation financière ?

Depuis la chute de Lehman Brothers, les autorités de régulation ont multiplié les mesures et les réformes, poussant le phénomène jusqu’à la caricature. Il semblerait qu’elles soient guidées par trois volontés majeures.  Le premier axe autour duquel elles se sont appuyées est évidemment d’effacer le traumatisme de la crise que nous vivons depuis quelques années. Il s’agit là avant tout de montrer que nous apprenons de nos erreurs passées et d’éviter que ça ne se reproduise dans les mêmes conditions. La deuxième priorité est de prévenir le risque systémique. La faillite de Lehman Brothers d’une part, et plus encore la crise de liquidité de la banque britannique Northern Rock d’autre part, ont montré la fragilité du système et la vitesse à laquelle les réactions en chaîne pouvaient occasionner une crise générale du fonctionnement du système bancaire. Enfin le dernier axe suivi par le régulateur est d’inciter les banques à une prise de conscience sur les nouveaux risques liés à leurs activités. Le refinancement, la spéculation sur les matières premières, l’augmentation sans cesse de l’effet de levier, les éléments du hors bilan sont autant de facteurs à risque que l’on se doit désormais de contrôler sérieusement.

Quelles sont les limites de la régulation ?

Le régulateur nous montre finalement qu’il ne peut que constater des disfonctionnements, proposer des solutions pour l’avenir mais qu’il reste relativement impuissant pour prévenir les crises. Ce décalage entre la prise de conscience et la mise en place des mesures de régulation (il se sera écoulé presque dix ans entre le début de la crise et le respect par les banques des ratios de liquidité décidés dans le cadre des accords de Bâle III) doit donc être comblé. Les discours de la Banque Centrale Européenne, et plus localement de la Banque de France semblent aller dans ce sens et inviter les banques à prendre leurs responsabilités.

Quelles actions doivent être entreprises pour prévenir les risques ?

Les départements de contrôle des risques des banques françaises ont bien compris ce phénomène et ont commencé leur révolution. La régulation ne suffisant pas pour anticiper les risques, c’est aux banques de modifier leurs comportements et leurs systèmes de contrôle. Déjà en ne regardant plus les risques de façon séparée mais comme un tout. Le risque de crédit, le risque de marché ou le risque de liquidité sont indissociables et il est devenu indispensable d’avoir une vision holistique de ces risques. La gestion des risques doit également comprendre qu’il lui faut aller au-delà du simple cadre réglementaire, être capable de s’adapter en permanence aux circonstances, adopter une vision dynamique des risques et anticiper les risques à venir.

Outre ces changements dans l’appréhension des risques, les banques doivent aussi adapter leur organisation : il faut gérer les risques de façon quantitative, mais aussi qualitative, ce qui implique de nouvelles méthodologies, de nouveaux process et un système d’information adapté. Dernier point et non des moindres, les banques vont devoir accroître les moyens et le pouvoir décisionnel du contrôle des risques, notamment sur les opérationnels. Il est encore beaucoup trop fréquent de voir des transactions se faire sans accord préliminaire, avant même que le département du contrôle des risques en soit informé. Aux banques de s’adapter !

Gérant et fondateur d’ICG